• Imprimer

Eva Medin

Vit et travaille à Paris. Née au Brésil en 1988

www.evamedin.com

Medin Eva, Storm Station, 2018, Installation immersive / performance / nuit Blanche, Dimensions variables, ©Benoit Florençon

Medin Eva, Orbital Drawing, 2018, Dessin, 60 x 65 x 3cm

Medin Eva, Smars, 2016, Vidéo, 9’

Medin Eva, Orbital Drama ( détail), 2018, Sculpture, Dimensions variables

Imaginez un film de Jacques Tati dont l’action se déroulerait dans une œuvre grandeur nature de Michael Heizer, artiste clé du Land Art. Cette équation improbable, soufflée par l’artiste elle-même en guise de boutade, raconte pourtant avec justesse certains des croisements qu’Eva Medin opère dans son travail. Et la façon dont elle tente de concilier une certaine rigueur formaliste et des audaces "do it yourself". L’un des films qui la fit connaître, « Smars » (contraction de Smarties et de Mars ?), s’inspire des trucages illusionnistes dont les premiers films SF, ces ovnis d’avant les effets spéciaux, regorgeaient alors. Petit bijou de 7 minutes tourné dans une crèche municipale où la tribu extraterrestre, dont la moyenne d’âge de avoisine les deux ans et demi, batifole dans des décors de carton-pâte et semble prise au piège d’un scénario qui bégaye jusqu’au crash final, « Smars » pose en creux la question de « la survie de l’espèce ». En ethnologue de proximité, l’artiste a passé de longs mois à étudier l’expressivité corporelle de cette communauté miniature (qu’elle a dotée dans son film de casques de cosmonautes pour mieux révéler leur gestuelle) aussi peu stéréotypée que la plus lointaine tribu aborigène. Recyclés pour une performance présentée dans une piscine municipale lors de la Nuit Blanche 2019, les casques de cosmonautes ont été plus récemment endossés par un aventurier de pacotille qui, loin de la figure héroïque de l’explorateur, entretenait tant bien que mal son radeau de fortune et ne voyait pas plus loin que la longueur règlementaire d’un bassin olympique. C’est un montage vidéo réalisé à partir de cet épisode nocturne (qui, au delà de la dimension incongrue de la situation, racontait aussi la solitude des migrants) ainsi qu’un fragment d’une installation intitulée « Orbital Drama » que l’artiste présente ici dans le cadre du Salon de Montrouge. Ce mobile à l’esthétique minimaliste met le doigt sur une autre forme de pollution contemporaine, celle des débris spatiaux. Ici encore, les éléments empalés sur des longues tiges de métal jouent la carte de l’illusion tandis que le mouvement, suggéré plutôt qu’avéré, suffit à donner la sensation d’une mise en orbite.

Cet usage récurrent de la contrefaçon et de la chimère, l'artiste le doit peut-être à son enfance passée au Brésil, et plus particulièrement dans le café-théâtre de son père où se produisaient des spectacles de mime. Racontée au détour de la conversation, cette anecdote biographique dont l’artiste ne fait pas grand cas, a sans doute son importance tant il s’agit, pour Eva Medin, de déployer un vocabulaire inspiré par les formes brèves (du conte, des mythes, du haïku), et de ne jamais dissimuler les artifices pour mieux déclencher chez le spectateur, exactement comme dans la pantomime, des émotions fondées sur l’empathie.

Claire Moulène

HAUT DE PAGE